En Guinée-Bissau, les femmes brisent les barrières du financement communautaire

À Quinara, une femme se tient devant sa communauté, le registre à la main. Elle préside la réunion du Comité de gestion communautaire (CMC) et oriente les décisions concernant la réparation d’une pompe à eau et la rénovation d’une salle de classe. Chaque transaction est lue à haute voix, ligne par ligne, pour que tout le monde puisse l’entendre. Les chiffres sont transparents, et c’est elle qui détient l’autorité.

Prise de décision financière

De telles scènes restent rares en Guinée-Bissau. En 2024, seules 9,8 % des sièges au Parlement sont occupés par des femmes, ce qui représente l’un des taux les plus bas d’Afrique de l’Ouest. La loi sur la parité adoptée en 2018 impose aux partis politiques d’inclure au moins 36 % de femmes sur leurs listes électorales, mais sa mise en œuvre s’est avérée lente et inégale. Les obstacles ne se limitent pas à la sphère politique. Avec un taux d’alphabétisation des femmes adultes de seulement 52 %, de nombreuses femmes se heurtent à des obstacles pour participer à la prise de décision et à la gestion financière. Ces écarts limitent non seulement la voix des femmes, mais aussi le potentiel de prospérité des communautés.

Transformer l'alphabétisation en leadership

En 2024, le projet « Bright Professional Opportunities and Youth and Women’s Empowerment for Community-Led Sustainable Development » (BPOE), financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et géré par la GIZ en collaboration avec des partenaires tels que Tostan, a mis en place une formation à la gestion de fonds à l’intention des comités de gestion communautaire (CMC) de Gabu et de Quinara.  

Cette initiative s'est appuyée sur le programme éducatif de Tostan, qui avait déjà permis d’améliorer les compétences en lecture, en écriture et en calcul, ainsi que la prise de décision collective dans les langues locales. Grâce à des discussions sur les droits et les responsabilités, les femmes ont acquis la confiance et la légitimité nécessaires pour revendiquer des rôles de premier plan dans la vie publique.

Ce sont désormais les femmes qui gèrent les finances du village

Cette année-là, 53 comités de gestion communautaire de Gabu et de Quinara ont suivi cette formation. Près de 70 % des postes de direction ont été occupés par des femmes. Ensemble, ces comités ont géré 53 millions de francs CFA (environ 86 000 dollars américains), qu’ils ont investis dans des priorités locales telles que la rénovation de salles de classe, la réparation de pompes à eau et de petites améliorations des infrastructures.

« Pour la première fois, les gens me font confiance pour gérer l’argent de tout le village », a déclaré une présidente de CMC. « Il ne s’agit pas seulement de moi : il s’agit de faire en sorte que toutes les femmes soient considérées comme des leaders. » 

Les résultats sont visibles : les enfants étudient dans des salles de classe plus sûres, l'eau coule à nouveau grâce aux pompes réparées, et les comptes sont examinés en toute transparence afin que chaque habitant puisse voir à quoi servent les fonds.

Le véritable changement réside dans la confiance. À l'échelle nationale, les femmes restent sous-représentées au Parlement malgré la loi sur la parité. Mais à Quinara et à Gabu, les communautés vivent déjà cet avenir. Elles confient aux femmes des budgets concrets et un pouvoir réel, et leur demandent publiquement de rendre des comptes.

En Guinée-Bissau, l'autonomisation n'est plus un concept abstrait. Elle se mesure aux décisions prises, aux fonds gérés et à la confiance acquise — grâce à des femmes qui dirigent avec assurance, le registre à la main.