La sortie de prison est souvent une expérience angoissante, compliquée et difficile. C'est particulièrement vrai lorsqu'on ne sait pas où aller, comment gagner sa vie ni comment sa famille va nous accueillir. Au sein du système pénitentiaire sénégalais, les ressources destinées à la réinsertion, au logement ou à la recherche d'emploi sont rares. Face à ces contraintes, le projet « Prison Project » de Tostan met fortement l'accent sur la réinsertion réussie des détenus au sein de leurs communautés. Lors d'un récent déplacement à Tambacounda, au nom de l'ancien détenu Assane Ba*, les membres de l'équipe du projet « Prison » ont pu constater de leurs propres yeux les complexités de la réinsertion.
Assane Ba a purgé une peine totale de 12 ans pour vol à main armée et a été incarcéré dans deux établissements pénitentiaires, le Camp Pénal à Dakar et la prison régionale de Saint-Louis. Lorsqu’il se trouvait au Camp Pénal, il a participé régulièrement aux séances du projet pénitentiaire de Tostan. Le projet pénitentiaire de Tostan est une version adaptée du Programme d’autonomisation communautaire(CEP), mis en œuvre dans cinq prisons sénégalaises. Le programme est axé sur les droits de l’homme, la santé et l’hygiène, la résolution de problèmes, la gestion de projet, l’alphabétisation et le calcul. Le projet propose également des formations à des activités génératrices de revenus, telles que la fabrication de savon et la teinture de tissus, ainsi que des médiations familiales pour ceux qui ont des difficultés à renouer avec leur famille.
Comme Assane ne recevait aucune visite de sa famille, l'équipe du Prison Project a organisé une médiation avec ses proches à Goudiry, dans la région de Tambacounda, afin de les encourager à prendre contact avec lui. Bien que la famille d'Assane se soit montrée disposée à discuter de la situation avec l'équipe, elle hésitait toujours à le contacter en raison de ses crimes et de son manque de moyens financiers pour effectuer le trajet de neuf heures jusqu'à Dakar en transports en commun. Cette médiation a eu lieu six ans avant la libération d’Assane, et pendant cette période, il n’a jamais revu sa famille. À sa libération en avril dernier, Assane est retourné auprès de sa femme et de ses deux enfants dans la ville de Tambacounda, à 115 km de la maison familiale. Bien que sa femme l’ait autorisé à rester, elle était mécontente du fait qu’Assane n’avait pas de travail. Les frustrations de sa femme et les tensions persistantes avec sa famille à Goudiry ont incité Assane à contacter la coordinatrice du Prison Project, Aissatou Kébé, et à demander une deuxième médiation familiale.
L'équipe s'est rendue à Tambacounda le 1er juillet et y est restée cinq jours, afin d'étudier comment faciliter l'amélioration des relations entre Assane, sa femme et sa famille élargie, et de l'aider à lancer une activité génératrice de revenus lui permettant de subvenir financièrement aux besoins de sa famille. L'équipe a rencontré sa femme et s'est rendue à Goudiry où elle s'est entretenue avec la mère d'Assane, qui a accepté de le reprendre et de lui pardonner ses erreurs, mais qui n'était pas en mesure de prendre des décisions pour la famille en l'absence de ses autres fils. Comme les frères d'Assane n'ont pas pu être localisés pendant la visite de l'équipe, la mère d'Assane a accepté de leur parler et le personnel régional de Tostan a promis d'aider à la médiation si les tensions persistaient.
La femme d’Assane était réticente à s’entretenir longuement avec l’équipe. Selon Assane, pour subvenir aux besoins de leurs deux filles pendant qu’il était en prison, elle gagnait sa vie en se prostituant. Malgré les demandes d’Assane, sa femme a décidé de poursuivre cette activité jusqu’à ce que le ménage dispose d’une autre source de revenus. L'équipe a proposé un fonds de démarrage de 100 000 CFA (200 $) à condition qu'Assane élabore un plan d'affaires et utilise cet argent pour des activités génératrices de revenus. Pendant son séjour en prison, Assane avait participé à une formation en aviculture organisée par Tostan et il a exprimé son intérêt pour approfondir ses connaissances dans ce domaine. Heureusement, il avait un ami à Tambacounda, un enseignant qui possédait également un grand poulailler. L'équipe a rendu visite à l'ami d'Assane et a visité le poulailler, et a été très impressionnée par le travail accompli. L'ami d'Assane a accepté d'apporter son soutien et de partager ses connaissances avec Assane afin de l'aider à changer de vie. L'épouse d'Assane a accompagné l'équipe lors de sa visite au poulailler et a exprimé sa joie et sa confiance dans le choix professionnel de son mari. Avec le soutien de son épouse, Assane prévoit d'investir 100 000 CFA pour élever 125 poulets et approfondir ses connaissances dans ce domaine avec l'aide de son ami. L'équipe du Prison Project espère qu'une fois qu'Assane commencera à gagner de l'argent grâce à cette activité, il sera en mesure de subvenir aux besoins de sa famille.
Au cours de ces cinq jours passés à Tambacounda, l’équipe du Prison Project a pu mieux comprendre les difficultés qu’Assane rencontrait avec sa famille, ainsi que sa détermination à changer de vie. Assane a décrit sa vie avant son incarcération comme malhonnête, affirmant n’avoir jamais gagné d’argent de manière légitime. Il a expliqué que sa participation au programme Tostan pendant son séjour en prison l’avait aidé à acquérir la confiance et la détermination nécessaires pour devenir un citoyen responsable. Prendre un nouveau départ après la prison n'est pas une tâche facile, et le soutien de sa famille est plus important que jamais. Assane a contacté le Prison Project afin qu'ils l'aident à renouer avec sa famille et à rester sur la bonne voie. Au cours de leur visite de cinq jours, l'équipe a abordé à la fois les questions financières et les problèmes familiaux, et les résultats permettront, espérons-le, à Assane de réussir dans ses projets futurs.
L'équipe du Prison Project souhaite bonne chance à Assane et continuera à suivre ses progrès avec l'aide du personnel régional de Tostan à Goudiry.
Récit de Kaela McConnon, Tostan.
*Les noms et les lieux ont été modifiés afin de préserver l'anonymat des personnes concernées.
