Le 22 décembre 2012, plus d’un millier de personnes se sont rassemblées dans le village de Mabo, près de Kaffrine au Sénégal, pour déclarer collectivement leur décision d’abandonner les pratiques traditionnelles néfastes que sont les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces ou forcés. Ensemble, elles ont réaffirmé leur engagement à promouvoir et à protéger les droits de tous les membres de la communauté, en particulier ceux des femmes et des enfants.
Une déclaration publique marque généralement l'aboutissement du Programme d'autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, d'une durée de trois ans, au cours duquel les participants apprennent à connaître leurs droits et leurs responsabilités, acquièrent des connaissances en matière de santé et d'hygiène, et se familiarisent avec la gestion de projets, tout en développant leurs compétences en lecture, en écriture et en calcul. Ils font ensuite appel à leurs réseaux sociaux pour partager leurs nouvelles connaissances et mobiliser un soutien en faveur de leurs initiatives. Les communautés du CEP et les communautés voisines déclarent alors publiquement leur engagement collectif en faveur des droits de l'homme et de l'abandon des pratiques traditionnelles néfastes devant les membres de leur communauté, les représentants des autorités locales et d'autres invités.
Cette déclaration à Mabo est toutefois unique en ce sens qu’elle est le fruit exclusif d’efforts de mobilisation sociale. Les 70 villages ayant fait cette déclaration étaient tous engagés dans le mouvement visant à l'abandon des pratiques traditionnelles néfastes, mené par des équipes de mobilisation sociale communautaire. Cette déclaration témoigne de la puissance de la diffusion organisée, l'approche de Tostan en matière de sensibilisation communautaire. Elle illustre le rôle clé que jouent les membres de la communauté pour étendre l'impact du programme de Tostan et impliquer d'autres communautés dans la promotion des droits de l'homme au niveau local.
Cette déclaration transcende les frontières régionales pour rassembler des communautés des régions de Kaolack et de Kaffrine, liées par la proximité, les mariages mixtes et d’autres liens familiaux, ainsi que par des traditions communes. Diouma Diao, du village pulaar de Segre Gata Peuhl, explique : « Nous ne pouvons pas y arriver seules. Nos filles iront se marier dans d’autres villages. » Elle poursuit en racontant comment les équipes de mobilisation sociale ont expliqué les risques sanitaires liés aux MGF et au mariage des enfants, ce qui a fait écho à son expérience et à celle d’autres personnes confrontées à cette pratique. Bana Sy, du village pulaar de Keur Djibi Saloum, ajoute : « Nous ferons tout pour protéger nos enfants des dangers de la vie. »
Cheikh Sakho, l’imam de Mabo, a ouvert la journée par une prière, avant que le président de la communauté rurale de Mabo, Dianko Sakho, ne prononce le discours d’ouverture soulignant l’importance de l’événement. Penda Diawara, du village de Nema, a ensuite pris la parole au nom des communautés participantes pour réaffirmer leur engagement à abandonner les mutilations génitales féminines (MGF) et « à attendre pour marier nos filles afin qu’elles puissent devenir quelqu’un demain ». Les jeunes des villages participants ont utilisé la musique, la danse et le théâtre pour partager leurs réflexions sur cette journée, sur l’abandon des MGF et des mariages précoces ou forcés, ainsi que sur l’importance de l’éducation des filles.
La déclaration officielle a été lue à haute voix par trois jeunes femmes au nom des 70 villages présents. Elles ont annoncé leur décision collective d'abandonner les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages forcés ou précoces devant les délégations villageoises représentant l'ensemble des 70 villages, ainsi que des représentants des autorités locales et nationales, dont la directrice de la famille au ministère de la Femme, Ndeye Soukeynou Gueye. Présentée en français, en wolof et en pulaar, cette déclaration stipulait que :
« Nous, les habitants de 70 villages des régions de Kaffrine et de Kaolack, nous engageons solennellement, en ce jour du 22 décembre 2012, en pleine connaissance de cause, à renoncer définitivement aux pratiques de l'excision et des mariages forcés ou précoces des filles au sein de nos communautés. »
La proclamation de la déclaration a été suivie des allocutions de clôture prononcées par des responsables nationaux et locaux. Ndeye Soukeynou Gueye, du ministère de la Condition féminine, a salué le travail accompli par Tostan en faveur du Plan d’action national du Sénégal pour l’abandon total des mutilations génitales féminines d’ici 2015 et a salué les efforts déployés par l’organisation pour dialoguer avec les communautés, mener des actions de sensibilisation et diffuser des connaissances sur des thèmes aussi importants que les mutilations génitales féminines et les mariages précoces ou forcés.
Le Dr Pape Bira Seck, du district sanitaire de Mabo, a évoqué les risques sanitaires liés aux mutilations génitales féminines (MGF) et aux mariages précoces ou forcés. « C'est par la santé que nous garantissons notre avenir », a-t-il déclaré, soulignant l'importance de la décision des communautés de donner la priorité à la santé de leurs filles et, par conséquent, à leur avenir. Samba Hanne, sous-préfet du village de Mabo, a conclu en remerciant les communautés et toutes les personnes présentes pour leur soutien dans cette démarche cruciale en faveur de la promotion de la santé et des droits humains.
Les médias nationaux, notamment la chaîne de télévision RTS, la radio RTS, la station SUJ FM et les journaux nationaux Le Populaire et Le Soleil, ont couvert cet événement historique.
