Tostan se joint à des chefs religieux et à des partenaires pour une réunion sous-régionale historique sur la mendicité forcée des enfants

Du 10 au 12 mars, Dakar a accueilli une conférence historique sur le thème « Coordination et harmonisation sous-régionales en vue de l’éradication de la mendicité forcée des enfants ». Cette conférence était organisée par l’Assemblée africaine pour la défense des Droits Humains (RADDHO) et Anti-Slavery International (ASI), deux partenaires importants qui travaillent en étroite collaboration avec le projet de protection de l’enfance de Tostan. 65 participants représentant des gouvernements, des organisations religieuses et des groupes de la société civile de cinq pays (la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger et le Sénégal) ont assisté à la conférence.

Cette conférence, la première du genre, est le fruit d’une collaboration fructueuse entre RADDHO, ASI et Tostan. Elle a fait suite à une campagne couronnée de succès menée par des marabouts (chefs religieux islamiques) qui avaient participé à une journée de sensibilisation organisée par Tostan le 2 décembre 2013, dans le but de faire pression sur les dirigeants nationaux pour mettre fin à la mendicité forcée des enfants. Cette conférence a réuni bon nombre de ces mêmes dirigeants nationaux et a permis de reconnaître que la mendicité forcée des enfants n'est pas seulement un problème sénégalais. Elle a réaffirmé que toute solution nécessitera les efforts de nombreux pays et de divers secteurs de la société.

Les organisateurs de la conférence ont réuni différentes parties prenantes et points de vue pour débattre de la question de la mendicité infantile, en mettant particulièrement l’accent sur la mendicité infantile à caractère religieux. Ce sujet étant tabou dans le pays où il est pratiqué, les débats qui ont eu lieu tout au long de la conférence ont été animés et parfois controversés. La question de savoir si le problème trouve son origine dans la pauvreté ou chez des marabouts sans scrupules, le rôle et la responsabilité des parents dans cette situation, l’efficacité de la politique gouvernementale, ainsi que la position de l’islam sur la mendicité ont tous fait l’objet de discussions passionnées. 

PRCCendant, cette passion a également nourri leur volonté de trouver une solution durable à un problème qui semblait insoluble. Les participants s’accordaient à dire que cette question devait être traitée et que la société pouvait faire mieux pour garantir les droits des enfants. La plupart des écoles religieuses, appelées « daaras », ne sont soumises à aucun contrôle gouvernemental, religieux ou communautaire, ce qui conduit souvent à une éducation de mauvaise qualité, à des abus, à la malnutrition, voire à la traite des êtres humains.  Un thème récurrent de la conférence a été la manière dont cette exploitation conduit les élèves religieux, ou talibés, à mener une vie extrêmement précaire. La plupart des participants ont reconnu la nécessité d’une implication de l’État dans le financement et la réglementation de l’éducation religieuse, et ils ont également mis en évidence les disparités entre les politiques nationales en matière de mendicité des enfants. Bien que la plupart des pays aient une politique nationale ou soient signataires de traités interdisant cette pratique, la mise en œuvre et la réglementation sont faibles, voire inexistantes. 

Au sein de groupes de travail, les participants ont pu réfléchir aux enjeux concrets liés à cette question et élaborer des propositions pour y remédier. Des représentants de Tostan ont pris part au groupe de travail consacré aux pratiques innovantes visant à lutter contre la mendicité des enfants. Tostan collabore avec les responsables communautaires et les marabouts afin de sensibiliser aux Droits Humains de soutenir leurs efforts concertés pour mener à bien la modernisation des daaras. Cette approche communautaire visant à mettre fin à la mendicité forcée des enfants a été saluée comme véritablement innovante.  Certains participants ont déploré que les marabouts fassent souvent obstacle à une réforme significative, car les bénéfices tirés de l’exploitation sont trop importants ; toutefois, il est peu probable qu’une solution à ce problème puisse être trouvée sans la participation des marabouts.

Il reste à voir si une deuxième réunion sous-régionale annuelle sur la mendicité infantile aura lieu, mais la nécessité de poursuivre le plaidoyer et la coordination ne fait aucun doute. Les participants à cette conférence rentreront dans leurs pays respectifs mieux informés et plus déterminés qu'à leur arrivée, fort de cette manifestation de solidarité régionale.