Alors que les délégués du Forum social mondial (FSM) – représentants d’organisations ou simples curieux – affluaient au Sénégal depuis toute la région et bien au-delà, l’effervescence était palpable à Dakar. Alors qu’un lundi matin ordinaire à l’université Cheikh Anta Diop, le brouhaha des étudiants affairés résonne généralement sur le campus en wolof, en français ou dans l’une des nombreuses autres langues parlées en République, ce lundi 8 février 2011, des foules parlant arabe, anglais, espagnol et portugais se sont jointes à ce chœur, à mesure que les délégués affluaient vers le Forum.
Ce rassemblement a réuni 75 000 participants issus d’horizons et de disciplines très variés. Des journalistes sud-américains, des syndicalistes français et des associations de femmes palestiniennes, pour ne citer que quelques-uns des groupes représentés, ont été rejoints par une multitude d’organisations venues de toute l’Afrique, petites et grandes, dont la présence a constitué le pilier de cette semaine riche en événements.
Le Forum social mondial (FSM) a été créé il y a dix ans afin de servir de contrepoids idéologique au Forum économique mondial, qui se tient chaque année à Davos, en Suisse, à peu près à la même période. Ce dernier est souvent critiqué pour son programme capitaliste et favorable à la mondialisation, tandis que le FSM vise à créer un espace où les mouvements populaires et les causes humanitaires disposent d'une tribune leur permettant de mieux faire connaître leur action.
Tostan disposait d’un stand de bonne taille près de l’espace de restauration, qui a attiré tout au long de la semaine un flux important de passionnés de développement, dont beaucoup avaient le ventre bien rempli grâce à la multitude de spécialités sénégalaises proposées tout autour de nous, ce qui a contribué à créer une ambiance animée. À cela s’ajoutaient les manifestations spontanées de musique, de danse et de protestation qui, presque toutes les heures, prenaient vie et résonnaient à travers le campus.
Nous avons décoré notre stand avec des images tirées de la « boîte à images », un support visuel utilisé par les animateurs de notre Programme d’autonomisation communautaire (CEP) pour faciliter les discussions sur les droits de l’homme parmi les participants. Comme nous l’avons expliqué aux visiteurs, le CEP aborde non seulement la question des droits de l’homme et des responsabilités, mais enseigne également le calcul, la lecture et l’écriture ainsi que la gestion de petites entreprises dans 16 langues nationales différentes au sein de nos 8 bureaux nationaux à travers l’Afrique. En collaboration avec l’UNICEF, l’initiative innovante Jokko de Tostan promeut les compétences acquises dans le cadre du programme grâce aux téléphones portables et aux SMS, reliant ainsi même les villages les plus reculés à la communauté au sens large. La valise solaire Jokko exposée par Tostan a attiré une foule d’étudiants locaux curieux, désireux d’en savoir plus sur cette initiative. Au cours de nos conversations, nous avons souligné que Tostan est avant tout une organisation qui promeut une éducation durable et pilotée par la communauté, mais nous avons également mis en avant d’autres projets tels que notre projet de protection de l’enfance et notre travail dans les prisons pour femmes tout au long de l’événement.
À plusieurs reprises, le personnel de Tostan s’est entretenu avec des hommes et des femmes pour qui l’organisation revêtait une importance bien plus grande que pour le simple passant, car ils avaient eux-mêmes directement bénéficié de la mise en œuvre du CEP dans leur village. Personne ne pouvait mieux promouvoir notre travail que ces personnes dont la vie s’en était trouvée transformée pour le mieux. Une femme pleine de charisme, originaire de la région de la Casamance, au sud du Sénégal, avait suivi le programme jusqu’au bout et travaille désormais pour un groupe local de femmes qui œuvre en faveur de l’éducation des enfants.
Au terme d'une semaine fatigante mais extrêmement enrichissante, Tostan a pu échanger avec d'innombrables personnes passionnées et engageantes, désireuses de partager leurs idées. Nous espérons tirer parti des contacts noués et forger des liens d'amitié dont notre organisation et nos communautés bénéficieront à jamais.
Récit de Will Schomburg, assistant en communication chez Tostan à Dakar, au Sénégal
