L'équipe du projet « Prison » de Tostan mène à bien des centaines de médiations familiales chaque année, dans le cadre de la mission du projet visant à favoriser la réinsertion sociale des anciens détenus. Le projet « Prison » propose un programme éducatif fondé sur les droits de l'homme, similaire au Programme d'autonomisation communautaire (CEP), ainsi que des formations professionnelles génératrices de revenus dans cinq établissements pénitentiaires au Sénégal.
Une médiation familiale débute lorsqu’un détenu participant au programme Tostan demande à l’équipe du Prison Project de contacter sa famille, généralement pour solliciter des visites, des provisions et un logement pour sa libération. L’équipe se rend au domicile des familles afin de les encourager à renouer des liens avec leur proche incarcéré et à répondre aux demandes du détenu. Les médiations peuvent prendre de nombreuses formes et chaque famille y réagit différemment. Elles exigent de la persévérance, de la patience et une communication ouverte. En cas de succès, elles peuvent ouvrir la voie à une vie meilleure pour les anciens détenus et leurs familles à travers le Sénégal.
Au Sénégal, certaines familles rejettent toute personne ayant été incarcérée, quelle qu’en soit la raison, au motif qu’elle fait honte à la famille. Ce phénomène prend de l’ampleur en fonction de la gravité du crime, en particulier s’il a été commis à l’encontre d’un membre de la famille. Ce rejet a pour conséquence que les détenus ne reçoivent pas de visites de leur famille, ni les provisions indispensables, telles que de la nourriture pour compléter leur alimentation et des médicaments, ni un endroit où aller à leur sortie de prison. Le projet « Prison Project » s'efforce de combler ce fossé entre les détenus et leurs familles en expliquant les dures réalités des prisons sénégalaises, notamment la surpopulation et le manque de nourriture et de soins de santé, ainsi que la participation des détenus au programme d'autonomisation communautaire (CEP) de Tostan et à des activités génératrices de revenus. La participation à ces activités démontre la volonté des détenus de changer de vie.
Étant donné que le programme CEP aborde des thèmes tels que les droits de l'homme, la démocratie, l'hygiène et la santé, la résolution de problèmes, l'alphabétisation et d'autres compétences utiles et importantes, la participation à ce programme est considérée comme un exemple concret du changement de comportement du détenu et de sa capacité grandissante à réussir sa vie hors de prison. Les compétences génératrices de revenus contribuent à ce même objectif, en montrant que le détenu serait même en mesure d'apporter une contribution financière à sa famille au lieu d'être un fardeau financier.
Chaque famille réagit à sa manière à la médiation. Certaines se montrent disposées à aider après avoir pris connaissance des conditions difficiles qui règnent en prison. Elles acceptent de rendre visite au détenu, lui envoient de l’argent ou des provisions, et acceptent de l’accueillir à nouveau au sein du foyer familial à sa libération. Certaines demandent même, le cas échéant, un transfert vers une prison plus proche jusqu'à la date de libération. D'autres ne sont pas aussi disposées. Certaines refusent catégoriquement toute aide, tandis que d'autres acceptent simplement d'entamer le processus en organisant une réunion familiale ou en discutant avec un aîné de la famille. Lorsque l'équipe du Prison Project se heurte à de tels obstacles, elle persévère et programme une nouvelle médiation.
Aussi difficiles et complexes que puissent être les médiations familiales, elles aboutissent souvent à de véritables succès. Une médiation réussie est essentielle dans la mesure où elle améliore les relations familiales et la perception générale dont jouissent les détenus et les anciens détenus au sein de la société, tout en réduisant considérablement les taux de récidive. Les familles qui renouent avec leurs proches incarcérés et les soutiennent à leur sortie de prison aident ces anciens détenus à devenir des membres productifs de la société. Les familles peuvent également aider les détenus à mettre à profit la formation et les compétences génératrices de revenus acquises dans le cadre du projet carcéral de Tostan pendant leur incarcération pour améliorer leur vie, contribuer aux revenus de leur famille et transmettre ces connaissances à d'autres.
Fama Sall, une ancienne détenue de la prison de Thiès, illustre parfaitement comment une médiation familiale peut changer le cours d’une vie. Fama a été arrêtée alors qu’elle était encore très jeune. Elle a passé quatre ans en prison et a participé au programme CEP tout au long de son incarcération. Elle a suivi des formations visant à générer des revenus, en manifestant un intérêt particulier pour la couture et la broderie. En son nom, l'équipe du Prison Project a mené une médiation avec ses parents, qui l'avaient auparavant rejetée. La famille s'est d'abord montrée très hostile, mais après de multiples tentatives de l'équipe du Prison Project, elle a accepté d'accueillir à nouveau Fama au sein du foyer familial. Les membres de l'équipe du Prison Project ont même réussi à obtenir la libération anticipée de Fama, en raison de son engagement dans le CEP et les formations génératrices de revenus, ainsi que du bon comportement que cela avait encouragé. À son retour, sa famille l’a accueillie à bras ouverts, l’aidant à se réinsérer dans la société et à se lancer dans des activités génératrices de revenus. Le Prison Project lui a accordé une petite aide de démarrage pour l’aider à se lancer et aujourd’hui, un an plus tard, Fama s’épanouit en dirigeant une petite entreprise de broderie de vêtements traditionnels. Fama et sa famille ne pourraient être plus heureuses de leur situation actuelle et remercient souvent le Prison Project de les avoir réunies.
Le Projet Prison met tout en œuvre pour garantir la réussite de la réinsertion des détenus, afin qu’ils puissent apporter leur contribution à leur famille et à leur communauté plutôt que de retomber dans les activités qui les ont conduits en prison. Les médiations familiales sont essentielles à ce processus ; sans elles et sans l’acceptation de la famille, une réinsertion réussie des détenus est pratiquement impossible. Depuis le lancement du Projet Prison en 2003, l’équipe a mené à bien des milliers de médiations, contribuant ainsi à des milliers de réussites en matière de réinsertion à travers tout le Sénégal.
