Selon l' Organisation internationale du travail. Les deux tiers sont des jeunes femmes. Sur un continent où plus de 60 % de la population, soit environ 864,9 millions de personnes, ont moins de 25 ans, ce chiffre définit l’avenir de la région.
Cet écart ne cesse de se creuser. La population africaine devrait plus que doubler d’ici 2050, pour atteindre 2,5 milliards. Chaque année, entre 8 et 11 millions de jeunes font leur entrée sur le marché du travail, tandis que l’économie formelle ne crée qu’environ 3 millions de nouveaux emplois rémunérés.
Le coût de cette fracture ne se limite pas aux jeunes femmes et aux filles qui en font les premières victimes. Les économies perdent la production d’une génération qui ne travaille pas et ne suit pas de formation. Les communautés perdent les aidants, les enseignants et les dirigeants que l’éducation aurait permis de former. Les progrès vers l’égalité entre les sexes ralentissent chaque fois que la scolarité d’une fille s’arrête prématurément.
Pour les jeunes femmes et les filles, cet écart se traduit par un accès inégal à l’éducation, aux postes à responsabilité et aux opportunités. Partout sur le continent, les jeunes femmes ont les capacités nécessaires pour faire avancer la lutte contre le changement climatique, élargir les perspectives économiques et stimuler l’innovation numérique. Elles ont des projets. Elles ont des rêves. Trop souvent, les inégalités structurelles dans les domaines de l’éducation, de la technologie, du travail décent et de la vie publique les freinent avant même que ces projets ne voient le jour.
Edrisa Janko faisait autrefois partie de ces personnes, en Gambie, jusqu’à ce qu’un cours d’alphabétisation organisé par Tostan lui permette de reprendre sa scolarité, puis, finalement, au barreau gambien en juillet dernier. Fatimata Madina Baldé en faisait également partie, en Guinée-Bissau, lorsqu’un mariage arrangé a mis fin à sa scolarité. Un cours de Tostan en pulaar lui a ouvert une voie de retour qui ne nécessitait plus de s’asseoir à un pupitre. Elle dirige aujourd’hui des actions de sensibilisation dans des dizaines de villages, sans avoir jamais obtenu de diplôme.
Une génération aussi nombreuse est souvent considérée comme le plus grand atout de l’Afrique. Mais sans ancrage ni à l’école ni dans le monde du travail, elle peut devenir son plus grand défi. Pourtant, les jeunes continuent malgré tout à aller de l’avant : ils lancent de petits commerces, organisent des groupes d’épargne, s’enseignent mutuellement ce que l’école ne leur a pas appris. Les gouvernements qui ne parviennent pas à leur ouvrir une voie officielle n’entravent pas cette résilience. Ils ne parviennent tout simplement pas à être à la hauteur.
La plupart d’entre eux ont quitté l’école prématurément, ou ne s’y sont jamais inscrits, dans des régions où l’éducation formelle n’a jamais vraiment été mise en place. Pour eux, le chemin du retour passe rarement par un pupitre d’école. Il passe plutôt par l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul dans leur propre langue, en lien avec les décisions qu’ils doivent déjà prendre : estimer la valeur d’une récolte, tenir la comptabilité d’un groupe d’épargne, siéger au comité villageois chargé de l’eau.
Tostan met en œuvre ce programme depuis plus de 35 ans. Chaque communauté définit d'abord sa propre vision. L'alphabétisation et l'acquisition de compétences pratiques viennent ensuite, et sont conçues pour servir cette vision, et non un programme scolaire standardisé.

Pourtant, cette approche souffre toujours d’un manque de financement. Les budgets nationaux privilégient l’enseignement formel, tandis que l’éducation non formelle dépend principalement des subventions des bailleurs de fonds. Les programmes piétinent faute d’un financement régulier. Les gouvernements africains se sont engagés, dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies, d’assurer la gratuité de l’enseignement secondaire pour tous les enfants d’ici 2030.
Le thème de la Journée internationale de la jeunesse de cette semaine, « Des contextes différents, des aspirations communes », reflète parfaitement cette réalité. Comme l’a souligné Jayathma Wickramanayake, envoyée spéciale des Nations unies pour la jeunesse :
Les jeunes ne sont pas les dirigeants de demain, nous sommes les dirigeants d'aujourd'hui.
Soixante-douze millions de personnes attendent encore que s'ouvre la porte qui leur permettrait de le prouver. Financer l'éducation non formelle à grande échelle n'est pas de la charité. C'est le moyen le plus rapide d'ouvrir cette porte, et il faut s'y atteler dès maintenant.
