427 communautés renoncent aux mutilations génitales féminines et aux mariages précoces ou forcés lors de la première déclaration publique régionale au Sénégal

En cette matinée chaude et poussiéreuse du 20 janvier 2013 à Ziguinchor, une région du sud du Sénégal, la capitale régionale (également appelée Ziguinchor) s'éveillait au son d'un grand événement organisé en plein centre-ville.   

Des rangées et des rangées de chaises, une tribune pour les dignitaires, une estrade pour les discours, des banderoles et des essais de son : tout cela en vue de la déclaration publique par laquelle 427 communautés s'engagent à renoncer aux mutilations génitales féminines (MGF) et aux mariages précoces ou forcés.  

C'est ce jour-là que devait avoir lieu la toute première déclaration publique régionale au Sénégal. Préparée depuis des mois, cette déclaration était le fruit d'une mobilisation sociale et d'actions de sensibilisation aux droits de l'homme, ainsi que de la diffusion des enseignements du Programme d'autonomisation communautaire (CEP) de Tostan par les communautés qui avaient mis en œuvre ce programme dans la région, tant en leur sein qu'auprès des villages voisins.  

Depuis avril 2001, date à laquelle les communautés ont commencé à mettre en œuvre le programme Tostan dans la région, plusieurs déclarations ont été adoptées au niveau des zones et des districts d’Oulampame, de Sindian Diegoune, de Bignona Goudomp et de Niaguis.  Toutes ces déclarations ont joué un rôle clé dans l’abandon régional des MGF et des mariages précoces ou forcés, et soutiennent le Plan d’action du gouvernement sénégalais pour l’abandon total des MGF d’ici 2015.

Cette toute première déclaration régionale a été organisée par Tostan Sénégal en collaboration avec les communautés et les autorités locales, notamment le gouverneur, les préfets et les sous-préfets de la région, le maire de la commune, les présidents des conseils régionaux et les chefs de village, ainsi que des organisations communautaires œuvrant en faveur des femmes et des jeunes, et en partenariat avec la Communauté de Madrid, Johnson & Johnson, Orchid Project, l'UNICEF et le FNUAP.

Le jour de la déclaration, après plusieurs mois de réunions intercommunales et de caravanes de sensibilisation, les communautés ont entamé une marche pacifique en direction de la place.  Femmes, hommes et enfants ont défilé et dansé dans les rues de la ville au rythme entraînant des percussions sénégalaises. Une fois arrivés sur la place, les danses et les festivités se sont poursuivies. La délégation gouvernementale est rapidement arrivée et a fait le tour de la place en compagnie de Tostan Sénégal, Tostan International, Tostan Gambie et de toutes les régions impliquées dans la déclaration régionale, saluant tout le monde.

La partie officielle de la cérémonie a débuté par une bénédiction prononcée par l’imam à l’intention de toutes les personnes présentes. Ensuite, le représentant du Conseil régional, Wandy Diem, a souligné l’importance de cette journée et le rôle essentiel joué par la déclaration régionale pour créer une dynamique en faveur de l’abandon total des mutilations génitales féminines au Sénégal d’ici 2015.  

Une troupe de théâtre de jeunes, vêtue de vert vif, a présenté un sketch sur les mariages précoces et forcés ainsi que sur les mutilations génitales féminines (MGF). Ils se sont exprimés en wolof, en jola et en français ; la place n’avait jamais été aussi calme de toute la matinée, tandis que le public regardait et écoutait. Il s’agissait d’une mise en scène percutante qui montrait qu’une enfant de 13 ans ne devrait pas être mariée et que les MGF n’ont aucun lien avec la religion. À la fin, ils ont dit « adieu » aux MGF.

Des discours ont ensuite été prononcés par le responsable du développement communautaire à Ziguinchor, Pape Diallo, et par l'équipe de mobilisation sociale, qui a joué un rôle essentiel dans l'éducation et la sensibilisation des communautés aux droits de l'homme. Ils ont insisté sur la nécessité d'assurer l'éducation des filles.

Enfin, après des danses endiablées, des sketchs et des saynètes typiques de la région, le moment tant attendu était arrivé : la déclaration publique en faveur de l'abandon des mariages d'enfants et des mariages forcés a été prononcée en wolof, en jola, en mandingue et en français, au nom des 427 communautés.

Khalidou Sy, coordinateur national de Tostan Sénégal, a déclaré : « Aujourd’hui est un jour important pour le renforcement des droits de l’homme au Sénégal.  Nous devons mettre l'accent sur les aspects positifs de la culture. Tout le monde doit travailler ensemble pour faire du Sénégal un endroit meilleur : les jeunes, les communautés, les imams, les médias, les partenaires, tout le monde. » Khalidou a remercié toutes les communautés impliquées et les a félicitées, ainsi que les autorités régionales, d'avoir su tirer parti de cette dynamique pour mettre fin aux MGF et aux mariages précoces ou forcés dans la région.

L'UNICEF était représenté à cette manifestation par Jean Lieby, responsable de la protection de l'enfance à l'UNICEF Sénégal, qui a remercié le gouvernement sénégalais pour son engagement en faveur du changement social, ainsi que cette région et ces communautés dynamiques. « Tostan collabore avec l'UNICEF, le gouvernement sénégalais et de nombreux autres acteurs pour promouvoir le changement social de manière durable.  Ils mènent ce travail immense et important, qui n’est pas une tâche facile, et nous les en remercions. Nous sommes fiers de travailler avec Tostan à tous les niveaux – avec les membres des communautés, les villages et les autorités locales. »

La journée s'est terminée par un discours enthousiasmant du gouverneur de la région de Ziguinchor, Cheikh Tidiane Dien, qui a déclaré : « Aujourd’hui, nous avons la chance d’être les témoins d’un moment historique. C’est essentiel pour les générations futures et cela nous a donné les bases pour adopter de nouveaux comportements visant à protéger les enfants et les femmes, ainsi que leur intégrité physique et morale. Toutes les autorités administratives et religieuses, ainsi que les médias, doivent se mobiliser et donner suite à ce qui s’est passé aujourd’hui.  Merci également à la délégation gambienne pour sa présence aujourd’hui, car nous avons besoin d’une approche mondiale et transfrontalière pour mettre fin aux MGF et aux mariages précoces et forcés. »

Voir les photos de cette déclaration régionale.