Je suis rentré à Dakar après avoir passé quelques jours dans le village de Keur Simbara, près de Thiès, au Sénégal, où les équipes de communication et de programmes de Tostan ont réalisé une série de six courts métrages pour le programme « Renforcement des pratiques parentales » (RPP). Ces films expliquent pourquoi il est important de faire la lecture aux enfants, tout en donnant aux parents et aux personnes qui s'occupent d'eux des conseils pratiques pour lire de manière ludique et interactive.
L'objectif est de faire passer le message que la lecture à voix haute aux jeunes enfants stimule le développement cérébral et les compétences linguistiques, et améliore le vocabulaire, la mémoire et la capacité d'écoute. Elle prépare les enfants à l'apprentissage scolaire, les mettant ainsi sur la voie de la réussite plus tard dans la vie. Il n'est jamais trop tôt pour commencer à lire à voix haute aux enfants, car la période la plus critique pour le développement cérébral s'étend de 0 à 3 ans. Certains parents commencent même à lire à leurs enfants alors qu'ils sont encore dans le ventre de leur mère. Dès l'âge de huit mois, un bébé peut tourner la page d'un livre, comprendre que le texte a un sens et saisir la fonction d'un livre. À partir de 11 mois, il peut même avoir des livres préférés.
À Keur Simbara, nous nous sommes attachés à montrer comment donner vie aux livres. C'est essentiel pour retenir l'attention des jeunes enfants, d'autant plus dans des contextes où les parents ne sont pas toujours alphabétisés. Même s’ils ne savent pas lire, les parents peuvent utiliser les livres pour enfants afin de décrire les images, enrichir le vocabulaire de leurs enfants, leur apprendre les couleurs et les chiffres, inventer des histoires et encourager la réflexion critique en posant des questions. L’essentiel est que les enfants soient exposés à la voix de leurs parents et aux sons des mots. Non seulement c’est un excellent moyen pour les parents de créer des liens avec leurs enfants, mais cela peut aussi être très amusant !
Ces dernières années, les vidéos mettant en avant le lien entre la lecture aux enfants et les données scientifiques sur le développement du cerveau – accompagnées de conseils pratiques sur la manière de lire aux enfants – se sont multipliées sur YouTube et d’autres sites, mais elles sont généralement en anglais et/ou destinées à un public occidental. Notre objectif est de diffuser ces informations auprès des parents de tout le Sénégal, des centres urbains de Dakar aux villages les plus reculés, dans les langues nationales que sont le wolof, le pulaar et le mandinka. Bien que la langue d'enseignement dans les écoles soit le français, lire à un bébé ou à un jeune enfant, quelle que soit la langue, prépare son cerveau à l'apprentissage et jette les bases de l'apprentissage d'autres langues. De plus, ces dernières années, le gouvernement sénégalais a exprimé sa volonté politique d'introduire les langues nationales dans le système éducatif formel et a déjà commencé à mettre en place des programmes pour concrétiser cet objectif. Cela rend d'autant plus importante la lecture aux enfants d'âge préscolaire en wolof et dans d'autres langues nationales.
À notre arrivée, nous avons été accueillis par une vingtaine d’enfants d’âge préscolaire, tous enthousiastes et impatients de commencer. Nous avons tourné dans la « case des tout-petits » de la communauté, une école maternelle installée dans un petit bâtiment en béton aux murs bleu clair. Nous avons utilisé une sélection de livres pour enfants de Tostan, conçus pour un public sénégalais et rédigés dans les langues nationales mentionnées. Les histoires et les illustrations colorées mettent en scène des personnages sénégalais dans des villages et des environnements typiquement sénégalais, ce qui permet aux parents comme aux enfants de s’y identifier.

Penda Mbaye, responsable de programme senior, a commencé par montrer comment animer le livre *Lëg ak Bukki* (ou *Le lièvre et la hyène*), qui raconte l’histoire d’un lièvre rusé qui déjoue les plans d’une hyène affamée et évite ainsi de finir dans son estomac ! Deux enfants ont interprété un petit sketch inspiré du livre, une activité que les parents peuvent encourager pour susciter l’intérêt des jeunes lecteurs et donner vie aux histoires. Une petite fille, Coumba, avait du mal à grogner comme une hyène effrayante, mais Penda s'est mise à quatre pattes et a fait un grognement féroce, pour le plus grand amusement des enfants.
Après une courte pause, Mariam, la responsable du centre, est arrivée pour préparer les enfants à être pris en photo. Ils se sont montrés remarquablement patients, compte tenu du fait que nous sollicitions toute leur attention depuis tant d’heures, ce qui témoigne de la façon dont Penda a su donner vie aux personnages des livres et lire de manière interactive. Elle faisait régulièrement des pauses pour poser des questions au groupe, telles que : « De quelle couleur est ceci ? Oui, c’est bleu, très bien ! Et qui porte du bleu aujourd’hui ? » ou en leur posant des questions sur les objets qu’ils utilisent tous les jours dans leur village. Lorsqu’elle posait une question fermée, le groupe répondait avec enthousiasme en chantant « deeeedeet ! » (non !) ou « waaw waaw ! » (oui !) à l’unisson, en secouant ou en hochant la tête de manière théâtrale.
Outre le développement du vocabulaire et des compétences linguistiques, elle a montré comment utiliser les livres d’histoires pour favoriser les aptitudes logico-mathématiques, en posant par exemple la question suivante : « Combien d’arbres vois-tu sur cette image ? » Certains de ces livres véhiculent également des messages visant à développer l’intelligence émotionnelle des enfants et mettent l’accent sur l’empathie, à travers des histoires où les enfants apprennent à inclure un enfant handicapé dans leurs activités, ou sur l’importance d’être gentil avec les animaux.
À part deux ou trois tout-petits qui ont décidé de se lever et de se promener pendant le tournage, ou de donner des petits coups de coude à leur voisin pour le taquiner, les enfants semblaient véritablement captivés par les histoires. J’ai remarqué que même trois des petits fugueurs, dont la capacité d’attention avait fini par s’épuiser, s’étaient regroupés dans un coin et feuilletaient avec enthousiasme d’autres livres.
Ce voyage a permis de réaliser de superbes images, et les vidéos seront bientôt mises en ligne sur YouTube, diffusées auprès des chaînes de télévision nationales et des centres pour enfants à travers tout le pays, et utilisées lors des sessions de formation destinées aux futurs animateurs du programme RPP. Au moment de partir, les enfants nous ont fait signe de la main, le sourire aux lèvres et le visage barbouillé de chocolat, après avoir savouré leur récompense pour cette dure journée de travail.
Par Vicki Loader, assistante aux programmes
La vidéo suivante a été réalisée à l'intention des communautés parlant le wolof. Cliquez sur l'image ci-dessous pour voir Penda Mbaye en action alors qu'elle présente, de manière captivante et interactive, l'importance de la lecture aux enfants. Ce court métrage met en avant plusieurs livres pour enfants de Tostan ainsi que les différentes activités pouvant accompagner l'heure du conte.

