Chaque jour, des membres de communautés à travers toute l'Afrique œuvrent à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). À l'occasion de la semaine des OMD de cette année, nous publierons chaque jour un témoignage illustrant comment ces communautés travaillent ensemble pour atteindre chacun de ces objectifs, en prenant en main leur propre développement à partir de la base.
Dès la toute première session du Programme d'autonomisation communautaire (CEP), les participants imaginent à quoi ressemblera l'avenir de leur communauté : les défis qu'ils souhaitent relever et les objectifs qu'ils souhaitent atteindre. Ils comprennent également que le programme ne promet pas de résultats immédiats, mais vise plutôt à les aider à atteindre leurs propres objectifs en leur fournissant de nouveaux outils qu'ils pourront utiliser pour prendre en main leur propre développement.
En Guinée-Bissau, le CEP constitue un élément clé de la stratégie nationale du gouvernement en matière de réduction de la pauvreté et s'inscrit dans le cadre des efforts visant à atteindre le premier Objectif du Millénaire pour le développement: éliminer l'extrême pauvreté et la faim. La réalisation de cet objectif est un processus de changement social de longue haleine qui se construit au fil du temps.
En juin dernier, six mois après la fin des sessions de formation du programme CEP dans les 39 premières communautés ayant participé au programme en Guinée-Bissau, une délégation composée de fonctionnaires et de membres du personnel de Tostan s'est rendue dans chacune de ces communautés afin de recueillir des informations sur leurs progrès. Vers la fin du programme, fin 2012, chaque communauté s'était vu attribuer une subvention communautaire d'environ 800 dollars à gérer. La délégation souhaitait vérifier si les communautés avaient réussi à mettre en pratique leurs nouvelles compétences en gestion de projet, acquises lors du CEP, pour investir ces fonds dans leur propre développement.
Dans chaque village, les comités de gestion communautaire (CMC) étaient impatients de parler de tout ce qu’ils avaient accompli. Chaque village avait choisi différentes activités dans lesquelles investir les fonds : prêter une partie de l’argent à des entrepreneurs locaux sous forme de microcrédit, cultiver des champs collectifs et acheter des marchandises en gros pour les revendre et réaliser un bénéfice. Au total, les communautés ont réussi à doubler les fonds qui leur avaient été alloués : en seulement six mois, les 39 communautés ont généré ensemble un bénéfice total de 32 360 dollars !
Les liens entre les CMC des communautés, tissés au cours des différentes réunions intercommunales organisées pendant le programme, sont restés solides en Guinée-Bissau, et celles-ci collaborent désormais à la gestion de leurs fonds. Elles partagent leurs bonnes pratiques et les informations qu’elles ont recueillies sur le marché, et ont même élaboré un plan de distribution de microcrédits dans le secteur de Mansabá, où sont situées 13 de ces communautés.
Dans cette zone, les CMC utilisent une maison située dans le centre-ville comme bureau. Cinq femmes des CMC gèrent les fonds communs des communautés, les distribuant aux personnes qui souhaitent investir ces fonds dans de petites entreprises et s'engagent à les rembourser après un certain temps. Elles utilisent les compétences en mathématiques acquises lors des cours du CEP pour tenir la comptabilité des nombreux prêts qu'elles accordent et calculer les intérêts, offrant ainsi aux habitants de cette région une source de crédit et leur permettant de générer davantage d'argent à utiliser à l'avenir.
Cette récente réussite économique sert également à améliorer la vie des communautés de bien d’autres façons. Presque toutes les 39 communautés gèrent désormais des jardins collectifs. Une partie de la production est vendue au marché, mais la majeure partie reste au sein de la communauté. Cette initiative commence à répondre aux besoins en matière de sécurité alimentaire des communautés participantes, en veillant à ce que chacun ait suffisamment à manger et reste en bonne santé.
Sous la direction des CMC, l'accès aux soins de santé s'est également considérablement amélioré depuis la fin du projet. Chaque village gère un petit centre de santé, où un membre de la communauté a été formé pour diagnostiquer les maladies courantes. Dans ces centres de santé, les CMC gèrent et vendent un stock de médicaments de base, et utilisent les bénéfices pour acheter davantage de médicaments et verser un salaire à la personne qui gère le centre.
Ces résultats ont déjà commencé à s'étendre aux villages « adoptés » voisins, des communautés avec lesquelles les CMC ont partagé leurs nouvelles connaissances et compétences dans le cadre de la stratégie de diffusion mise en place par Tostan. À l'initiative des CMC, une partie des fonds qu'ils ont générés est désormais redistribuée afin d'inclure ces autres villages.
Bien que le programme de Tostan ait pris fin dans les 39 communautés en janvier 2013, six mois plus tard, celles-ci ont démontré la pérennité du programme et l’impact que peut avoir la mise en œuvre de leur propre vision du développement sur la pauvreté et la sécurité humaine.
Récit de Matthew Boslego, Tostan
