Portrait d'une femme d'action : Madame Dembélé Mariam Touré

Madame Touré, coordinatrice communautaire de Yorodjamboujou

Lorsque Madame Dembélé Mariam Touré a pris le Sotrama la semaine dernière, un événement inattendu s’est produit. Les Sotramas sont des fourgonnettes vertes aménagées qui constituent le réseau de transports publics du Mali. Elles sont généralement conduites par un chauffeur et un jeune apprenti chargé de percevoir le prix du billet, soit 0,35 $, auprès de chacun des vingt passagers ou plus à bord.  Cependant, ce jour-là, lorsque l’apprenti est venu percevoir le prix du billet auprès de Madame Touré, une jeune fille présente dans le Sotrama a refusé de la laisser payer. La passagère a expliqué au jeune homme que Madame Touré était la coordinatrice communautaire et a insisté pour que, si elle devait payer, ce soit elle qui s’en charge.

Madame Touré est la coordinatrice communautaire respectée et bien connue de Yorodjambougou, un village rural situé à la périphérie de Bamako, la capitale du Mali. N'ayant jamais eu la chance de terminer sa scolarité, Madame Touré n'aurait jamais imaginé occuper aujourd'hui un tel rôle de leader au sein de sa communauté. Selon elle, son succès repose sur le fait d'avoir enfin pu accéder à l'éducation. En tant que participante au Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, Madame Touré a appris à lire, à écrire et à effectuer des calculs de base pour la première fois. « J’étais une très bonne élève, mais l’éducation des filles n’était pas une priorité dans mon village », explique-t-elle. Au Mali, de nombreuses filles sont retenues à la maison pour aider aux tâches ménagères et s’occuper de leurs jeunes frères et sœurs au lieu d’aller à l’école. En conséquence, la plupart des femmes sont analphabètes. C’est une situation que Madame Touré s’est efforcée de changer au sein de sa communauté. Après chaque cours de Tostan, Madame Touré révise la leçon chez elle avec cinq à dix femmes qui ne peuvent pas y assister en raison de leur travail ou d’autres obligations. « Avant [Tostan], il n’y avait aucune communication entre les femmes de mon village. Maintenant, les femmes apprennent et discutent ensemble », déclare Madame Touré.

L’influence du programme CEP de Tostan a également permis aux femmes de participer activement aux discussions sur le développement communautaire. De plus, ces cours ont donné l’occasion aux hommes de la communauté de prendre conscience des avantages concrets découlant de l’éducation des femmes. « Avant Tostan, les femmes [de mon village] n’avaient pas le droit de prendre des décisions ni de s’instruire, car les hommes pensaient que cela mènerait à des conséquences néfastes », explique Madame Touré. Aujourd’hui, cependant, les hommes semblent mieux comprendre les avantages supplémentaires que l’éducation des femmes apporte au foyer. Selon Madame Touré, grâce à l’éducation, les femmes ont appris à lancer des activités génératrices de revenus qui aident à subvenir aux besoins de leur famille. « Les femmes s’investissent désormais dans la création de revenus pour leur famille et participent aux décisions économiques », déclare Madame Touré.

Au-delà de ces changements à l'échelle de la communauté, Madame Touré a également connu d'importants changements sur le plan personnel. En tant que coordinatrice communautaire de Yorodjambougou, Madame Touré participe activement au développement de son village. « Aujourd’hui, les gens me reconnaissent et me respectent pour le travail que j’ai accompli », explique-t-elle avec fierté. En plus d’éduquer et d’inspirer d’autres femmes, Madame Touré a mené des activités de sensibilisation à la santé et a créé un fonds communautaire pour les femmes. Reconnue par les superviseurs de Tostan comme l’une des participantes les plus actives, elle pourra bientôt profiter de nombreux autres trajets gratuits avec Sotrama.

Récit de Kyrra Engle, bénévole régionale de Tostan au Mali