L'organisation sœur de Tostan, Tostan France, organise chaque mois des ateliers de partage des connaissances à Montreuil, en France, en collaboration avec des organisations et associations de quartier, notamment un centre social local (SFM-Montreuil) et un groupe de femmes (l'Association des Femmes de La Boissière).
Ces ateliers offrent aux participants un espace de discussion sur des problèmes individuels ou collectifs et des thèmes liés à la vie communautaire, tels que l'éducation, les relations entre les sexes et le multiculturalisme. Tout comme dans le cadre du programme d'autonomisation communautaire de Tostan, des techniques participatives telles que le théâtre, les jeux de rôle et l'apprentissage visuel viennent enrichir les discussions. Les discussions sont gratuites et ouvertes à tous, quel que soit le niveau d'éducation, et les personnes qui ne parlent pas couramment le français sont les bienvenues.
À la suite de leur participation à ces ateliers, sept femmes résidant dans le quartier de La Boissière à Montreuil ont créé leur propre comité de gestion des habitants, s'inspirant du travail mené par Tostan auprès de communautés d'Afrique de l'Ouest et de l'Est, ainsi que de la mise en place, dans les communautés partenaires de Tostan, de comités de gestion communautaire qui les aident à développer des projets et à favoriser le bien-être collectif.
La création du comité s'est avérée être une source d'apprentissage pour les participantes – un processus d'autonomisation qui n'est pas sans rappeler celui dont bénéficient les femmes dans de nombreuses communautés partenaires de Tostan. Les femmes ont acquis des compétences en matière de planification et d’organisation, d’utilisation d’Internet (elles ont créé un compte de messagerie dédié) et se sentent désormais plus à l’aise dans les débats et la prise de parole en public. Rejoindre le comité a également donné aux membres l’occasion de s’engager auprès d’institutions officielles. Deux membres ont pris contact avec le Conseil de quartier – un espace créé pour favoriser les échanges entre les habitants et les élus – afin de partager leurs réflexions sur les questions touchant la communauté locale et de faire le point sur leurs projets.
La première initiative collective du comité a consisté à mettre en place un programme de remise en forme gratuit visant à améliorer la santé de la communauté. Les membres du comité avaient remarqué que les femmes de la région ne disposaient pas d’options d’activité physique adaptées à leurs besoins, un problème que Souaad, l’une des membres du comité, a porté à l’attention du Conseil de Quartier. Ils ont alors pris l’initiative de s’attaquer à ce problème et ont décidé d’organiser des séances sportives hebdomadaires pour les femmes de la région qui n’ont peut-être pas l’habitude de faire régulièrement de l’exercice physique. Fatima, l’une des membres du comité, a contacté une amie en congé maternité qui travaillait auparavant comme monitrice de gym. Cette dernière a accepté de se porter volontaire au sein du comité, et elles ont décidé ensemble que les cours devaient être accessibles à toutes, quels que soient leur âge ou leur condition physique. Avec le soutien de Tostan France, le comité a présenté son idée lors d’une réunion du conseil local.
Évoquant les nombreux obstacles rencontrés pour mettre leur projet en œuvre – organiser le calendrier, trouver une salle, obtenir une assurance et des certificats médicaux –, une membre du comité a déclaré : « Nous ne pensions pas y arriver cette année ». Cependant, grâce au travail acharné des membres, les problèmes ont été surmontés : le conseil municipal a accepté de fournir un lieu et le Centre social SFM-Montreuil s’est chargé de l’assurance nécessaire. Comme les participantes devaient présenter des certificats médicaux, les femmes qui n’étaient pas suivies par un médecin ont été encouragées à se rendre dans une clinique gratuite. Souaad a décrit cette initiative comme une incitation qui « a poussé les femmes à aller consulter ».
L'étape suivante, qui consistait à trouver des personnes souhaitant s'inscrire aux cours gratuits, s'est avérée facile.
Désormais, tous les mardis après-midi, une vingtaine de participantes suivent les instructions de deux bénévoles pendant près de deux heures, bougeant au rythme de la musique. À la fin du cours, les femmes sont en sueur mais souriantes : « C'est bien, ça fait longtemps que je n'avais pas bougé comme ça, et ça me permet de sortir de chez moi », explique Atika, l'une des participantes du quartier.
L'action menée par le comité de gestion des résidents en faveur d'un changement collectif au niveau local contribue à améliorer la condition physique des femmes du quartier, à porter à l'attention des élus locaux des questions communautaires importantes et à renforcer l'autonomie des membres du comité eux-mêmes.
