Voyager, c'est apprendre : Abdoulie Sidibeh revient sur son expérience à la conférence « Women in the World » à New York

La table ronde Tostan lors du Sommet « Women in the World » de 2012

Lorsqu’on lui a demandé de résumer son expérience de ce voyage, Abdoulie a cité un proverbe mandingue : « tamo mu karang le ti », « voyager, c’est apprendre ». La mission personnelle d’Abdoulie en se rendant aux États-Unis était d’apprendre et d’acquérir autant de connaissances que possible pour les rapporter à sa communauté. En riant, il a raconté qu’avant d’avoir l’occasion de se rendre aux États-Unis, ses amis se moquaient de lui parce qu’il passait ses après-midis assis avec des « femmes aussi âgées que sa mère » à discuter des droits de l’homme et des questions de santé. Mais aujourd’hui, a-t-il dit, ils ont pris conscience des opportunités que l’éducation peut offrir et ils sont eux aussi impatients d’apprendre.

Abdoulie a été invité à prendre la parole lors de la conférence le samedi 10 mars, le jour même où la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a lancé un appel aux femmes pour qu’elles s’engagent en faveur de leur propre autonomisation. Se joignant à cet appel en tant qu’homme militant pour l’autonomisation des femmes, Abdoulie s’est senti honoré et fier de participer à un événement aussi important et prestigieux : « Je suis tellement heureux et tellement fier. J'étais le seul jeune de tout le programme Tostan et cela m'a rendu tellement, tellement heureux. J'étais ravi de rencontrer Hillary Clinton. Je connaissais son nom depuis le CM2 et j'avais l'habitude de voir ses photos. »

Abdoulie (à l'extrême gauche) s'exprimant sur scène

Aux côtés de Molly Melching, directrice générale de Tostan, et de Demba Diawara, militant communautaire, Abdoulie a prononcé son discours sur les mariages précoces et forcés ainsi que sur les mutilations génitales féminines (MGF) avec une assurance sans faille. Il a expliqué : « Non ! Je n’étais pas nerveux ! Je crois en ce que j’ai dit et en ce que j’ai appris grâce à Tostan… Il y avait là des personnes très intelligentes qui savent ce qui se passe en Afrique et qui peuvent chercher une solution. » Au cours de son discours, Abdoulie a conquis le cœur de l’auditoire en racontant l’histoire personnelle de sa sœur, qui a été contrainte de quitter l’école prématurément pour se marier. Il a mis en lumière les difficultés auxquelles les familles sont confrontées lorsqu’elles tentent de financer l’éducation de leurs enfants, expliquant comment les difficultés économiques sont souvent le moteur des mariages précoces : « Ma sœur n’a pas pu aller plus loin que la 3e. Nous n’avions pas d’argent, alors mon père ne savait pas quoi faire… un homme est venu la demander en mariage. Ma sœur le regrette encore aujourd’hui, car elle n’a pas pu faire ses études, et mon père réalise maintenant son erreur. »

En repensant au sommet et à son séjour dans la ville, Abdoulie a déclaré : « Vous savez, il faut le voir pour le croire, et c'était incroyable ! Ce que je voyais ressemblait à ce qu'on voit à l'écran ! » Abdoulie a été impressionné par tout ce qu'il a vu. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait été difficile de revenir à Bassending, il a répondu : « Je suis parti aux États-Unis dans un but précis. Beaucoup m'ont dit de ne pas revenir. Ils disaient que tout allait bien aux États-Unis. Si tu reviens, tu continueras à souffrir. Et oui, c’est un endroit agréable, c’est un bel endroit. Les routes sont larges, les bâtiments sont beaux. J’adore cet endroit ! Mais je sais que je dois revenir. [La Gambie] est ma maison. »

L'engagement d'Abdoulie envers sa communauté et son avenir est remarquable. Il envisage de devenir enseignant ou infirmier afin de contribuer à améliorer la santé et le bien-être de sa communauté. À propos de la grandeur de New York, Abdoulie a déclaré : « Même si nous [les Gambiens] ne disposons pas des mêmes ressources, si nous avons accès à l’éducation, nous pouvons apporter de petits changements. » Abdoulie est un jeune homme merveilleusement enthousiaste, engagé et attentionné, et il ne fait aucun doute qu’il apportera des changements, petits et grands, pour le bien de sa communauté et de son pays.

 

Lilli Loveday, bénévole régionale de Tostan en Gambie, s'entretient avec le jeune militant Abdoulie Sidibeh dans le deuxième volet de notre série en deux parties retraçant le parcours d'Abdoulie, de la Gambie jusqu'au Sommet « Women in the World » à New York.

Pour lire le premier volet de cette série intitulé « De la Gambie à New York : Abdoulie Sidibeh, jeune militant de Tostan, prendra la parole cette semaine lors du Sommet Women of the World », cliquezici.