Cet article a été initialement publié sur blog de l'Orchid Projectle 17 avril 2013 et est reproduit avec l'autorisation de l'Orchid Project. Pour consulter l'article original sur le blog de l'Orchid Project,cliquez ici.
Quand on considère le nombre de villages qui ont décidé d’abandonner les mutilations génitales féminines (MGF) – plus de 5 500 rien qu’au Sénégal –, on oublie facilement à quel point il est difficile de faire évoluer cette norme sociale. Dans de nombreux villages du Sénégal, comme dans d’autres pays, les MGF sont une tradition profondément ancrée dans la culture. Les communautés qui pratiquent les MGF peuvent penser que c’est important parce que cela se fait depuis aussi longtemps qu’elles s’en souviennent, ou elles peuvent être victimes de l’idée fausse selon laquelle il s’agit d’une obligation de l’islam.
Les équipes de mobilisation sociale de Tostan abordent ces préoccupations avec respect tout en diffusant des informations sur les effets néfastes des mutilations génitales féminines (MGF) et, plus précisément, sur la manière dont d’autres communautés de leur réseau social choisissent d’y renoncer. En partenariat avec le Projet Orchid, l'équipe de mobilisation sociale basée dans la région de Kolda, au Sénégal, effectue chaque mois une tournée de 12 jours dans plusieurs communautés. Son objectif est de partager des informations et de faciliter les discussions au sein des communautés sur les droits humains et la pratique traditionnelle néfaste que sont les MGF, ainsi que sur le mouvement croissant visant à abandonner cette pratique.

Grâce à ce dialogue, les communautés peuvent échanger sur les conséquences néfastes des mutilations génitales féminines (MGF) et sur les raisons pour lesquelles d’autres communautés, semblables à la leur, renoncent à cette pratique. Ensemble, elles sont alors en mesure de décider si elles souhaitent que leur communauté suive cet exemple. Ce processus peut parfois être rapide, mais le plus souvent, il s’inscrit dans la durée, à mesure que les communautés acquièrent une meilleure compréhension des droits de l’homme et prennent conscience de la manière dont la pratique des MGF entrave le développement de leur communauté.
Lorsque l'équipe travaille avec une communauté, elle commence par passer la première journée avec les principaux responsables du village, notamment le chef du village, l'imam, la présidente du groupe de femmes, le directeur de l'école, les élus et le président du groupe de jeunes. Elle se présente et demande si elle peut organiser une réunion villageoise le lendemain, à une heure qui convienne à la population. Si le village donne son accord, l'équipe passe la nuit sur place et anime la réunion le lendemain.
Il est essentiel d'obtenir le soutien et l'accord de ces personnalités influentes avant d'entamer toute réunion avec le reste de la communauté. Ce sont des voix respectées au sein de leurs communautés et, sans leur consentement, il serait très difficile pour l'équipe de rassembler la communauté et de partager ses connaissances, ses expériences et ses informations.
À l'heure prévue, le deuxième jour du séjour de l'équipe dans un village, la réunion est organisée et tout le monde est invité à y participer. L'équipe organise les réunions de manière à commencer par des informations générales avant d'aborder progressivement des sujets plus sensibles. La raison en est que si l'équipe se lance directement dans une discussion sur les mutilations génitales féminines, un sujet qui a longtemps été tabou, la communauté pourrait hésiter à s'exprimer, car elle ne connaît ni l'équipe ni ses objectifs.
En passant progressivement de la question des droits de l'homme, et plus particulièrement des droits des femmes et des enfants, à celle de la violence à l'égard des femmes, puis finalement à celle des mutilations génitales féminines, la communauté peut se faire une idée de qui sont ces intervenants et de ce qu'ils cherchent à accomplir. Elle sera alors plus encline à se sentir suffisamment à l'aise pour engager le dialogue.
Récit d'Allyson Fritz, Tostan
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Ce blog s'inscrit dans une série consacrée au projet « Mobilisation sociale » financé par Orchid Project dans le cadre du programme d'autonomisation communautaire à long terme de Tostan. Le projet « Mobilisation sociale » vise à accélérer l'abandon des mutilations génitales féminines (MGF) au Sénégal. Des équipes de bénévoles qui ont déjà renoncé aux MGF, appelées « agents de mobilisation sociale », rendent visite à des communautés interconnectées et engagent le dialogue avec elles sur les droits de l’homme et les conséquences négatives des MGF. Leur travail vise à diffuser le message en faveur de l’abandon de cette pratique et à encourager d’autres personnes à les rejoindre.
Les agents de mobilisation sociale sont des membres de la communauté qui, conscients que les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces ou forcés constituent des pratiques néfastes, sont désireux de partager leurs propres expériences avec les autres. Il s'agit souvent de chefs religieux, traditionnels ou communautaires, largement respectés, bien connectés, actifs et influents.
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