Et si un simple moulin à maïs pouvait favoriser l'indépendance économique ?

À Sare-Coba, un petit village agricole de la région de Bafatá en Guinée-Bissau, le bruit d’une nouvelle machine à moudre le maïs résonne dans l’air matinal. Pour ces femmes qui se levaient autrefois avant le lever du soleil pour piler le grain à la main, cette machine est le fruit d’années d’efforts, d’apprentissage et de détermination collective. Grâce au programme d’autonomisation communautaire de Tostan, elles ont acquis des compétences en alphabétisation, en gestion et en leadership qui les ont aidées à s’organiser et à lever des fonds pour ce projet. 

Aujourd'hui, cette machine est source de revenus et d'autonomie, démontrant ainsi comment les savoirs locaux et la solidarité peuvent être le moteur d'un progrès durable dans les communautés rurales.

 Le  Programme d'autonomisation communautaire (CEP), mis en œuvre par Tostan et animé dans les langues locales par des facilitateurs résidents sur une période de trois ans, aide les communautés à définir leurs propres priorités et à les gérer collectivement.

Fondé sur les droits de l'homme et l'apprentissage pratique, ce programme a renforcé la participation et le leadership des femmes tout en améliorant les conditions de vie de tous. A

Dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la vie économique, cette initiative a incité les villageois à se considérer comme des acteurs actifs de leur propre développement.

Sare-Coba est devenue l'une des communautés partenaires du programme en 2021. Dès le début, les femmes se sont fixé un objectif commun : acquérir un moulin à maïs susceptible d'alléger le travail quotidien lié à la préparation des repas.

Le maïs est l'aliment de base de la région, mais sa transformation exige des heures d'effort physique.

« Nous avons travaillé dur pour faire de ce rêve une réalité », se souvient Djide Baldé, président du Club des agriculteurs et coordinateur du Comité de gestion communautaire. « Nous avons mis en place des cotisations hebdomadaires, mené des activités génératrices de revenus et géré les fonds de notre compte communautaire. Grâce à cet effort collectif, nous avons réussi à surmonter bon nombre de nos difficultés. »

Lorsque la communauté a achevé le programme CEP en 2023, les femmes de Sare-Coba avaient déjà acquis les compétences et la confiance nécessaires pour gérer leurs finances en toute transparence. Lorsque le projet FRSD-GIZ, en partenariat avec Swissaid, l'ADPP, Cope et l'AA, a proposé son soutien à des communautés prometteuses, Sare-Coba était prête. Grâce à une assistance technique et à un financement de démarrage, elles ont pu acheter la machine tant attendue.

« Cela nous a fait gagner du temps et de l'énergie », explique Djide. « Cela renforce également l'économie locale. Chaque utilisateur verse une petite contribution pour le broyage, ce qui nous permet de continuer à alimenter notre fonds communautaire. »

Les femmes s'occupent désormais de l'entretien de la machine, de la comptabilité et de la planification. Grâce à leurs compétences en lecture, en écriture et en gestion de projet, elles tiennent une comptabilité précise et transparente. Les revenus générés soutiennent des initiatives locales, allant des fournitures scolaires à la création de petites entreprises, et renforcent l'autonomie du groupe. Ce qui n'était au départ qu'un outil destiné à faciliter la vie quotidienne est devenu une entreprise collective qui profite à tout le village.

L'histoire de Sare-Coba illustre une tendance générale qui se dessine à travers toute la Guinée-Bissau : lorsque les communautés ont la possibilité d'apprendre dans leur propre langue, de planifier ensemble et de gérer leurs ressources, le progrès devient durable.

Le moulin à maïs est à la fois un outil pratique et un symbole discret de transformation : celui de femmes qui mettent leur savoir à profit pour diriger, collaborer et investir dans leur avenir.